• Zara, le sexisme et notre vision du monde

    Carrie Jones, à propos de Zara sur RT book reviews :

    ____Après l'école, ma fille, Emily entra en claquant la porte de la voiture et jeta sur le tableau de bord le livre qu'elle lisait, tout en grommelant.
    ____J'imaginai toutes sortes de choses horribles qui auraient pu lui arriver à l'école. Avait-elle loupé un DS ? Avait-elle perdu sa place de voltigeuse dans l'équipe de pom pom girls ? Est-ce qu'elle avait subi des brimades parce qu'elle est intelligente ou... La mère poule en moi était en ébullition, je déglutis et je me calmai suffisamment pour lui demander :
    ____– Qu'est-ce qu'il y a, ma puce ?
    ____Elle boucla violemment la ceinture de sécurité.
    ____– Pourquoi est-ce que c'est comme ça ? Pourquoi est-ce que toutes les filles dans les bouquins sont soit des mauviettes soit des filles qui bottent les derrières, mais quand elles sont comme ça, ça veut dire qu'elles sont bêtes et méchantes, qu'on ne peut même pas se mettre à leur place ?
    ____Je pris une longue inspiration.
    ____– C'est ça qui te tracasse ?
    ____Elle me regarda comme si j'avais le QI d'une citrouille et me dit, style élève de quatrième :
    ____– Ouais, pff.
    ____Je démarrai la voiture sans savoir quoi répondre, ce qui est sûrement un échec maternel mémorable. Mais je fis du mieux que je pouvais : j'ai commencé à écrire un livre où le personnage principal était du genre à botter les culs (ou les derrières pour ceux que le mot gênent) mais où le personnage principal était aussi gentil.
    ____Ce livre est devenu Need (Envoûtement), l'histoire de Zara, une pacifiste, le genre de fille qui appartiennent à Amnesty International. Elle déménage dans le Maine après la mort de son beau-père puis, au fil de la série, devient une fille qui botte les derrières, mais par chance, ne perd pas de ce qui la rend sympathique. A la fin du tome 3, Entice (Emprise), la transformation est quasiment complète.
    ____Dans la série, je ne voulais pas mettre un de ces personnages qui agacent Emily. Je voulais quelqu'un comme elle, un personnage qui est fort et coriace mais qui en fin de compte est gentil, d'une façon indescriptible.
    ____Il y a certains dangers quand on écrit une romance paranormale pour jeunes adultes. Quand vous regardez les précédentes relations hommes/femmes dans l'histoire et dans les livres, il est facile de se dire « Oh mais il oppresse cette fille ! » C'est facile de voir dans les fenêtres victoriennes qui donnent sur des salons où la lumière brille sur les larmes et l'assujettissement. On peut ouvrir un nombre incalculable de livres et lire l'histoire de Peggy Sue qu'on détache des rails pour qu'elles tombent dans des bras masculins dans lesquels elles s'évanouissent, comme prévu.
    ____C'est facile de voir que les choses n'allaient pas, mais je me demande aussi, étant écrivain, comment la vision que nous donne notre culture modèle dans nos écrits une certaine image de la femme.
    ____Dans Entice, mon héroïne finit par tout prendre en charge. C'est elle le héro. Je voulais une héroïne qui botte les derrières, qui aime ses amis et son petit ami, qui a une certaine force, mais qui n'est pas parfaite, qui doute d'elle-même mais qui a quand même le courage de se battre comme ses démons intérieurs mais aussi ceux extérieurs. Mais je dois me demander comment mes petits enfants et mes arrières petits enfants penseront d'elle. Penseront-elles qu'elle est aussi opprimée, comme je le pense des personnages d'auteurs ayant écrit deux générations avant moi ?
    ____De notre position en 2010 ou 2011, il est facile de regarder en arrière et de voir le sexisme. De notre point de vue moderne, il est tellement facile de soupirer et de secouer la tête en disant « quelle tristesse. » Mais nous avons aussi besoin d'écouter ceux qui nous ont précédés et d'apprendre leurs leçons. Plutôt que de les condamner, nous devons nous demander « Que vont trouver d'horrifiant nos arrière petits enfants dans ce que nous écrivons, dans notre façon de vivre ? La mâchoire leur tombera-t-elle tellement ils seront horrifiés par ce qu'ils liront dans mes livres ou apprendront de ma vie ? Se diront-ils 'si seulement elle avait pu écrire sur des personnages qui savaient mieux botter les derrières, ou si elle avait été plus à même de botter les derrières, elle-même ?' »
    ____Enfin, je sais que mes arrière-petits-enfants ne diront probablement pas botter les derrières mais emploieront plutôt le mot en c-.
    ____Je sais que c'est ma responsabilité envers Emily, envers mes lecteurs et moi-même de créer des personnages qui sont forts, crédibles et attachants, qui sont comme de vraies personnes. Dans les pages des livres, nous cherchons à nous échapper, ou à apprendre comment nous battre ou comment aimer. Nous nous regroupons là, en espérant trouver vérité, aventure et amour. Les personnages nous font signe en silence, nous en apprennent sur nous, à travers leur vision du monde, en fabriquant l'histoire de leurs mots. C'est ce à quoi je pensais quand j'ai écris Entice (Emprise), c'est sûrement la raison pourquoi ça m'a pris un temps infini pour l'écrire, mais c'était important. Nous sommes les livres que nous écrivons et les livres que nous lisons, des réflexions de tout ce qui est venu et de toute ce qui viendra.

    Carrie Jones.

    (traduction de Lothfleur)


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  • Commentaires

    12
    Samedi 16 Juillet 2011 à 23:06
    J'aime bien cette écrivaine ( écrivain ^^ ) !!! =D
    11
    Samedi 18 Décembre 2010 à 23:18
    tout à fait!!
    10
    Samedi 18 Décembre 2010 à 23:13
    sa nièce, je crois, mais c'est victorien aussi ^^
    9
    Samedi 18 Décembre 2010 à 23:09
    ah,je ne connais pas^^ mais ça marche aussi avec Enola, non?
    8
    Samedi 18 Décembre 2010 à 21:14
    l'enquêtrice, c'est peut-être Enola Holmes?
    7
    Samedi 18 Décembre 2010 à 17:48
    c'est pas faux, comme dirait une certaine personne^^

    Je trouve que cette vision de l'héroïne "entre deux", à la fois Buffy et imparfaite, est crédible. Personne ne peut être tout l'un ou tout l'autre.

    Et un personnage va refléter l'époque non pas de l'histoire, je pense, mais celle de l'auteur, en effet.
    6
    x--xrachelle--x--x
    Vendredi 17 Décembre 2010 à 19:44
    C'est que que ce n'est pas vraiment pratique ! C'est pas moi qui me lancerait là-dedans !
    5
    x--xrachelle--x--x
    Vendredi 17 Décembre 2010 à 19:40
    ça dépend, il y a des articles ( comme celui-ci ) où il n'y en a vraiment pas beaucoup, même si, il faut l'avouer, c'est extrêmement rare !
    4
    x--xrachelle--x--x
    Vendredi 17 Décembre 2010 à 19:33
    Bah moi qui lit parfois les commentaires ( quand il n'y en a pas trop je fait pas m'amuser à en lire une cinquantaine non plus) je sais que ça ne m'aurait pas plus de lire un truc que je ne savais pas sur un livre que je veux lire où que je suis en train de lire donc ça me paraît normal
    3
    x--xrachelle--x--x
    Vendredi 17 Décembre 2010 à 19:13
    Moi aussi je l'ai adorée, mais si j'ai bien compris ( /!\ ceux qui lisent les commentaires, spoiler ) au début il veut plutôt la tuer non ? Ce n'est pas pour ça qu'il lui fait peur ?
    2
    x--xrachelle--x--x
    Vendredi 17 Décembre 2010 à 17:19
    Moi aussi je les avait bien aimer, mais il faut reconnaître que c'est vrai, quand j'ai lu la lettre, Twilight est le premier roman qui m'est venu à l'esprit. Mais je ne trouve pas que Patch est tant obsédé par Nora, Hush Hush est même un de mes livres préférés.
    1
    x--xrachelle--x--x
    Jeudi 16 Décembre 2010 à 16:33
    J'adore ce qu'elle a écrit, c'est tellement vrai ! Bien sûr, ce n'est pas comme ça avec tout les livres (heureusement !)
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